Mardi 15 décembre 2009
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MOTION SUR LA REFORME DU LYCEE
PRESENTEE PAR LA LISTE UNITAIRE FSU (SNES, SNES, SNUEP), CGT EDUC’ACTION, SGEN-CFDT
AU CONSEIL D’ADMINISTRATION DU LYCEE FOURIER LE 14/12/2009
PRESENTEE PAR LA LISTE UNITAIRE FSU (SNES, SNES, SNUEP), CGT EDUC’ACTION, SGEN-CFDT
AU CONSEIL D’ADMINISTRATION DU LYCEE FOURIER LE 14/12/2009
Le projet de réforme du lycée a opté pour des choix auxquels nous ne pouvons adhérer :
• l’autonomie des établissements sera accrue, ce qui, en période de restriction drastique des moyens, notamment moyens d’enseignement, offerts au service public d’éducation, fait peser sur chaque lycée la mission impossible de faire mieux avec moins ou, pour être plus concret, d’inventer sa propre cuisine pour tenter de gérer la pénurie.
Ds le contexte de suppressions de postes d’enseignants qui prévaut depuis de trop nombreuses années et que la réforme confirme, l’absence de cadrage national des horaires et des dédoublements dans les propositions de réorganisation disciplinaire (pour la classe de 2nde par exemple), le rôle croissant du Conseil Pédagogique local (dont les membres sont désignés, ce qui ne peut que laisser planer un doute certain sur son objectivité et l’identité du maître q’il devra servir) au détriment du CA (dont la majorité des membres sont élus) entraîneront des disparités entre les établissements mais aussi entre les disciplines du fait d'une gestion libre des dédoublements. C’est la fin de la logique de service public, avec le renforcement des inégalités de l’offre scolaire sur le territoire national.
Cette autonomie accrue, dont nous savons tous, ici, par expérience, qu’elle ne servira que de variable d'ajustement des services d'enseignants au détriment des choix pédagogiques, sera source d’inégalités encore plus fortes que celles rencontrées aujourd’hui.
Et que dire du climat que cette réforme instillera dans les salles des profs quand une discipline devra faire valoir, contre une autre, ses droits à dédoublement, ou quand les membres du conseil pédagogique devront donner à un de leur collègue (ou à une équipe pédagogique) les heures ou dédoublement qu’ils refusent à un autre ?
Loin d’aider les élèves, comme le prétendent les promoteurs de cette réforme, l’organisation (on serait tenté de dire « le bazar organisé ») du lycée Chatel laissera, encore une fois, sur le côté du système scolaire, les élèves les plus fragiles, ceux les plus en difficultés, ceux qui ne sont pas issus d’un milieu socioculturel apte à leur donner toutes les clés pour sortir indemne et cultivé de cette usine à gaz. A se demander si tel n’est le véritable but de la réforme : former de futurs salariés, ignorants du monde qui les entourent, juste bons à prolonger la machine sur laquelle ils travaillent.
> Les élèves devront assimiler un programme dense et ambitieux dans des horaires réduits (heures d’aide prises sur les heures disciplinaires) et des conditions défavorables aux apprentissages (effectifs de classe chargés, niveaux hétérogènes, difficulté à utiliser les TICE en classe entière…)
> L’enseignement des langues vivantes, organisé par niveaux de compétences, ne visera plus qu’une maîtrise de la communication, sans approche culturelle, dans des groupes à effectifs alourdis.
> La Culture (avec un grand C) transmise se limitera à des connaissances d’histoire des arts enseignée transversalement.
> Quant à l'accompagnement personnalisé, caution du projet, bien que fait au détriment des enseignements disciplinaires, présenté comme un temps d'enseignement « différent », il ne sera en réalité qu’un fourre-tout où l'on retrouvera de l'aide, de l'approfondissement, de l'orientation, etc. On ignore d’ailleurs encore à quels élèves cet accompagnement pourrait bien être proposé (toute la classe, tous les élèves ? qq élèves ? choisi comment ? par qui ? quand dans l’année scolaire ?). et son organisation … nous mettons au défi le plus acharné des défenseurs de cette réforme de mettre en place l’accompagnement personnalisé tel qu’il est présenté dans le texte ministériel.
> Pour les heureux élus qui auront passé sans trop de dégâts le cap de la seconde, la poursuite de la scolarité au lycée s’avèrera périlleuse pour ceux d’entre qui voudront y acquérir un tant soi peu … quelques connaissances et éléments de réflexion.
> Le tronc commun en 1ère permettra de regrouper au maximum les élèves et donc, d'économiser des postes. Est-ce de l’intérêt des élèves ?
> Par ailleurs, il y aurait des stages de remise à niveau ou de réorientation pendant les vacances scolaires dont on peut douter de l'efficacité d'autant plus qu'ils empiètent sur des vacances dont justement les élèves, particulièrement ceux en difficulté, ont besoin.
> La classe de 1ère L proposée est la plus spécialisée des trois séries. Il sera beaucoup plus facile de passer vers S que le contraire. Ainsi, aucune solution n'est apportée pour revaloriser la filière littéraire
> La réduction des horaires disciplinaires fragilisent des enseignements, comme les enseignements scientifiques (alors que dans la série S les sciences devaient être renforcées) ou encore les SES qui sont quasiment sacrifiées, et dénaturées en Term ES en séparant l'économie des sciences sociales.
> les Conseillers d'Orientation Psychologues seraient dessaisis de l’orientation alors qu'ils sont spécifiquement formés à cette mission qui reposerait désormais sur les enseignants. Sans doute n’est-ce pas inutile de rappeler au ministre de l’éducation que la mission première d'un enseignant est d'enseigner.
• Il fait manifestement mine d’ignorer cette constante puisque les missions des enseignants se multiplieraient et enseigner deviendrait une mission parmi tant d'autres. Ce morcellement de des tâches des professeurs ne peut que nuire à la qualité de l'enseignement disciplinaire propre. En outre, le volontariat deviendrait la règle (en matière de tutorat, stages de remises à niveau, de réorientation...). Habile moyen de substituer de fait le salaire au mérite à une revalorisation des salaires pour tous et de s’assurer par le maintien de la baisse du pouvoir d’achat que des « volontaires » se désigneront.
• Dans ce capharnaüm quid du bac, diplôme national, premier grade universitaire ? La réforme risque d'engendrer de grandes différences entre les établissements pour la préparation d'un examen sensé être national et pour la préparation des études post-bac.
Pour toutes ces raisons, non exhaustives (car que penser du sort réservé à l'histoire-géographie et aux langues vivantes par exemple !), nous ne pouvons approuver ce projet qui fragilise encore plus le lycée sans pour autant résoudre ses difficultés.
La précipitation dans laquelle s'inscrit ce projet (calendrier intenable, aucune révision des programmes, simulacre de dialogue) et le contexte politique de réduction drastique des moyens (16 000 suppressions de postes prévues au budget 2010) ne peuvent permettre une réflexion approfondie qui améliorerait véritablement le lycée.
C'est pourquoi nous nous opposons à ce projet dont le but unique est comptable.
Nous exigeons qu’il soit abandonné.
Nos lycéens méritent mieux !
Par Jean-Philippe Lafont
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